185

16/09
Je ne sais pas quoi dire pour ce soir. Ca viendra. Juste que je pense que la bonne décision a été prise, et que j'espère faire partie de la « normale » à laquelle il compte revenir. Alexis n'était pas juste une illusion. Je souffre, il souffre, nous souffrons, mais pas ensemble. Une séparation où je sais que nous sommes tous les deux rentrés de notre coté en pleurant, je ne la connaissais pas celle là. Faudra-t-il que je teste toutes les options de rupture avant de trouver la stabilité ?
J'espère, j'y crois, j'ai confiance en lui. Nous sommes forts.


15/09
Une nuit de plus, une de plus où l'entité « Alexis et Lucie » s'endort avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête.
Oh non, non. Je n'ai jamais cru que l'on s'en trouverait là un jour. Voici la liste de mes regrets.
Ô comme je le regrette mon boulanger du début, si vif, si vivant, si enthousiaste pour tout, celui dont j'ai détesté les chatouilles et adoré les caresses, celui qui m'appelait Granola et qui venait voir s'il ne trouverait pas des gâteaux dans mon soutien-gorge...
Celui que j'ai repoussé tant que je le pouvais lorsqu'il me disait s'attendre à m'épouser un jour... Je n'ai pas de mots pour dire combien je regrette de n'avoir pas su lui dire lorsque c'est moi qui ai commencé à rêver de robes blanches et qu'enfanter un petit Barbin me parut la chose la plus naturelle à faire de ma vie.
Il parait que le Japon, entres autres, s'est mis entre nous. Le Japon continuera-t-il à gâcher ma vie ? Gâcher mes études ne suffisait plus, il faut qu'il me prenne plus encore ? Et ensuite, quoi ? Me prendra-t-il ma mère qui, elle, l'aime, ce pays ?
Je suis dans mon lit et mes compagnons de nuit sont ma poubelle et ma bouteille de coca. Un petit goût aigre habite encore ma bouche, celui de la bile jaune que j'ai vomie dans les toilettes.
Je rate tout et je ne vois pas pourquoi j'ai cru à un moment pouvoir fonder une famille. Je ne me l'avouais pas à moi-même alors personne n'aurait pu s'en douter pour moi.
Et enfin, je ne sais même pas si cela aurait changé la moindre chose. Mais j'aurais du me souvenir du proverbe de la mère de Ted Mosby : « Nothing good happens after 2AM. » Si j'avais affiché cette phrase au plafond de mon salon je me serais sagement endormie et je n'aurais pas raconté des choses dont je suis maintenant incapable de me souvenir, tellement j'étais fatiguée. Souviens-toi maintenant : « Nothing good happens when you fall asleep. »


3/09
Je ne me sens pas bien. Pour la première fois depuis de longs mois je me sens mal et les larmes ne devraient pas tarder. Et c'est donc pour la première fois depuis que l'Autre a ouvert ma vie que je plonge dans mes amies les angoisses, je doute. Je me sens mal, pourquoi ? Mon anticerne Yves Saint-Laurent est fini et je n'ai pas trente euros pour en racheter. Je n'ai pas d'avenir. Je déteste mes études. Je doute. Ceci n'est pas un abandon mais ceci est une remise en question : ce qui avait tant de sens il y a moins d'un an et depuis si longtemps, est-ce vraiment ce que je peux faire ? Est-ce que je ne suis, n'étais pas juste une gribouilleuse de merde, une de plus, qui pollue internet des scories inintéressantes et communes de son existence de merde ? Tout ceci n'est-il que bullshit ? Après avoir tant pleuré, imploré, radoté pour effacer Théo, maintenant que j'ai réussi, je ne peux que constater pitoyablement que, que quoi ? Ah oui, c'est bien ça. Que je suis comme tout le monde, voire pire. Que je veux Alexis, maintenant, qu'il ne passe pas un jour sans que je m'imagine en blanc, que le veux comme j'ai voulu Théo comme j'ai voulu Yann et comme j'en ai voulu d'autres dont je n'écrirai pas le nom parce que ça salirait mon cahier. Je suis pire que tout le monde et je n'écris plus. Hank Moody, patron des scribouilleurs anonymes, aide-moi. Demain commencent les rattrapages et je ne veux pas regarder l'heure en me couchant, mes yeux secs et fatigués me la reprochent assez, l'heure. Je n'ai pas besoin de l'heure, je n'ai pas besoin de diplôme, je n'ai pas besoin d'eux, ni de vous, ni de Toi, le grand, je sais que t'es là, je n'ai pas besoin de l'Autre... Ou si, j'en ai besoin, et est-ce que c'est en lui que j'ai versé mes mots ? Serait-il le réceptacle qu'il me fallait, celui qui pourrait faire de ma vie une vie... normale ? Est-ce que c'est tout le désir sexuel accumulé en moi qui se canalisait par ma main écrivant ? A ce propos, j'aimerais dire à qui le lira que je n'ai jamais eu de blocage mais que ma condition féminine me dote naturellement d'une faculté de simulation, bien que dans mon cas je la qualifierais plutôt de simple exagération. Voila, c'est dit, et je sais que ça a un côté mesquin mais ça me faisait de la peine de continuer à entretenir un mensonge aussi démesuré... merde, c'était quoi le mot déjà ? Gargantuesque, éléphantesque ? Non. Peu importe, CTB quoi. Cela me gênait donc d'entretenir ce mensonge involontaire, et maintenant que nous sommes loin de ce passé commun, alors je préfère avouer.
L'Autre est-il l'amortisseur des mots, des maux et des émotions que Toi le grand tu m'as fait expirer ? S'il l'est, je ne l'aime et l'estime que plus encore.
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# Posté le mercredi 16 septembre 2009 19:26

184

24/08
Où suis-je ? Qui suis-je ?
Des vacances difficiles, éprouvantes. Je tiens le bon bout. On dit que la guérison passe par une aggravation de la maladie. Je n'ai pas pleuré si souvent depuis longtemps. Avoir fouillé dans ces petites boites, petites trousses, coffrets, remplis de babioles, colliers, pierres, bracelets, bijoux, m'a ressuscité Manou comme jamais, j'ai compris que jamais je n'avais accepté sa mort. Lors des précédentes vacances à Cagnes je n'ai fait que nier son absence, la repousser du plus loin que je pouvais. Or ces derniers temps je suis retombée dans les délires de la semaine de ses funérailles : « Elle doit être derrière le coin du mur. Si je tourne le mur je la trouverai, c'est normal, je suis chez elle. Si chacun des objets de cette maison est imprégnée par elle je ne vois pas pourquoi elle ne serait pas là. C'est normal. J'entends encore si bien sa voix. Oui, je l'ai entendue il y quelques instants, j'en suis sure. Elle est là, c'est normal. Je suis chez elle. » Et, bien sur, à chaque coin de mur tourné, à chaque coup d'½il en coin pour voir si elle est dans le couloir, ce fut comme si on m'annonçait sa mort une fois de plus. Stupeur. Stupeur simple et mouillée : non, il n'y a qu'une allée vide ici, un couloir désert là. Personne, à peine un chat, ou un chien, quelques plantes. Choses qui la font vivre encore. Vivre assez pour enfoncer la lame d'un couteau rouillé dans ma plaie gangrenée, depuis six ans.
Six ans, ou le temps qu'il m'a fallut pour me confronter à la matérialité de sa mort. « Papet, je voudrais que tu me montres l'urne de Manou. Je ne l'ai jamais vue. » Une urne, un pot, est-ce la même chose ? Peu importe. Une urne, ronde, d'un bleu nuit légèrement irisé, fermée par un couvercle en cône plat, cerclée d'or. Un bel objet, le moins que l'on puisse faire. C'est ça... je ne savais pas quoi imaginer. Le bleu de l'émail est apaisant, la forme ronde, bombée, est presque familière. L'urne de Manou est un objet simple et beau, ni trop clinquant ni trop pauvre, un objet qui lui correspond parfaitement. Je suis heureuse d'avoir maintenant cette image en tête. Manou est là, elle habite toujours sa maison et veille, comme nous veillons sur elle.
Je ne sais pas encore pourquoi six ans après j'ai toujours aussi mal, pourquoi je ne peux me résoudre à accepter. Je sais que lorsque la nuit où voir l'urne de Manou m'est apparu comme une chose évidente et élémentaire à faire, j'ai fait un pas. Sans doute pas un grand pas, mais le premier pas, et peut être que tout se déliera dans la foulée.
Je ne suis pas malheureuse. J'ai un n½ud en moi que je n'ai jamais réussit à délier. J'y travaille, ce sera dur, mais j'en sortirai plus grandie que jamais, si je sais suivre la voie qu'elle m'a toujours indiqué, voie de sagesse et d'humanité, de joie, une voie où l'on ne se retourne pas pour pleurer les morts mais où eux nous sourient pour nous pousser vers l'avant. Elle n'aimerait pas me savoir tourmentée, et moins encore savoir qu'elle est la source de ces tourments. J'y travaille.
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# Posté le lundi 24 août 2009 13:24

183

30/07
Teach me how to be mean.
Teach me how to say “NO”.

Apprend-moi à dire « Non ». « Non, ici c'est chez moi, non, je ne partirai pas, non, non, je sais, vous avez des emmerdes mais là, vous me mettez dedans, alors non, non, je ne partirai pas. » Comme si un cambriolage, un début d'incendie et d'autres catastrophes relatives ne suffisaient pas à légitimer ma présence chez moi. On me jette à la rue, presque. Presqu'assez pour me foutre les boules, pour me décourager sérieusement, pour avoir envie de déconner sérieusement et d'être encore installée le 30 septembre. Juste pour voir la tête des gens qui seraient chargés de me mettre dehors.
Deux ans, deux déménagements. Mais de quoi je me plains ? Ca ne fait après tout que le septième en moins de vingt ans. J'ai l'habitude ? Non. J'aimerais m'installer quelque part et n'en plus bouger, pour longtemps. « Ca fait cinq ans que je vis ici. », voila quelque chose que je n'ai jamais pu dire de ma vie.
C'est trop facile. Maintenant que j'ai un quelqu'un, il faut que je cherche un quelque part ? Mais ta s½ur, la vie, d'où tu sors ça ? C'est quoi cette pirouette, ce retournement de situation foireux où l'on remet mes bases en question, ENCORE ? « Bonjour Monsieur, pour moi ce sera 800 grammes de stabilité et une livre de tranquillité bien dégraissée s'il vous plait. »
Je DETESTE les déménagements, et je garde rancune à ceux qui m'y forcent.

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# Posté le jeudi 30 juillet 2009 09:33

182

05/07
Du beurre rance, voila tout ce qui reste. Quand on a fouillé partout, tout lu, tout vu, tout senti, lorsqu'on a passé deux fois le marc du café pour le jus de chaussettes, retourné tous les meubles à la recherche du moindre grain comestible, arpenté les rues les bars les supermarchés sans succès, ouvert toutes les portes, porte d'entrée, de sortie, porte de frigo, porte automatique et à double battant, le double tranchant du couteau à huitres se saisit sous la gorge et marque la mesure. Puisqu'il n'y a que ce beurre rance, cette nicotine froide comme l'odeur d'une morgue, le gout trop faible de l'alcool qui ne cache plus l'absence du pain, et le distillateur, qui goute, qui goute, puisqu'il ne reste que ça, on mange le beurre et on s'envoie un coup de vitriol par-dessus, le gosier tapissé du gras du beurre, le vitriol cogne moins fort, encore. Tant pis c'est toujours ça de pris. Demain il fera trop chaud et le beurre sera rance et fondu, jaune pisseux, luisant, suant, même plus bon pour la cuisson des légumes qu'on a pas. Une poêle, un bout de beurre, un carotte, un oignon, deux champignons, c'est ça le luxe, c'est ça, l'odeur des légumes dans le gras qui bulle, le bruit crépitant, les projections minuscules qui s'étoilent autour de la poêle, et puis ensuite le gras qui fige, blanchit. Solide à nouveau, mais toujours rance.
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# Posté le dimanche 05 juillet 2009 16:50

181

15/06
J'ai des envies de canonnade sur la forteresse métaphorique qu'est la Sorbonne, j'ai envie de la pilonner pour qu'elle rende jusqu'à sa dernière soutenance de thèse, pour m'enfuir ensuite, m'enterrer loin des études, oublier le cauchemar de la faculté, oublier tout, tout ce qui fait que la fac me déteste. Je me rappelle, je me rappelle du jour où j'ai compris que les études de japonais étaient une grossière erreur. Quelque chose comme le 20 septembre 2007, jour du test de niveau à l'entrée de la première année de licence de japonais, avant même que les cours ne commencent, que je découvre l'incarnation sur Terre du Chaos, en sortant de ce test j'ai pris un avion et j'ai compris, je ne sais pas comment mais ce fut une évidence claire et lumineuse, celle qui m'annonçait des années indéfinies de souffrance et de regrets, l'évidence selon laquelle j'avais fait un mauvais choix.
Le bon choix... je ne sais pas. Il n'y en a sûrement pas.
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# Posté le lundi 15 juin 2009 18:20